Il pleut de l’Internet

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Bonjour tout le monde, bienvenue à cette chronique du mois de juin. La pluie des derniers jours m’a inspiré une chronique que je nomme « Il pleut de l’Internet ».  Dans les derniers mois, vous avez probablement vu dans les médias que les projets Internet se succèdent les uns après les autres.  J’ai recensé rapidement une soixantaine de projets qui ont été annoncés depuis le début de l’année.

Commençons d’abord avec un petit récapitulatif. Il y a quelques mois, il y avait un certain pourcentage de la population qui n’avait pas encore accès à Internet ou qui n’a toujours pas accès à Internet.  Avant le début de la pandémie, c’était quelque chose qui était malencontreux et non intéressant de ne pas avoir accès à Internet à la maison. Pendant la pandémie, nous nous sommes rendu compte que c’était quelque chose de très utile car il est très difficile voire même impossible de faire l’école à la maison ou d’être en télétravail sans source Internet. Imaginez-vous le nombre d’appels, de courriels et de toutes autres informations qui ont pu circuler vers les députés fédéraux et provinciaux.  En résumé, nous comprenons que l’Internet était déjà un enjeu important et il s’est révélé encore plus important ces derniers mois.

De là, l’avancement des projets que nous voyons arriver présentement. Le Québec s’est engagé à régler la majeure partie des problèmes car il va rester quelques dizaines de milliers de personnes qui n’auront toujours pas accès à la suite des différents projets annoncés. Ces projets devraient se terminer en septembre 2022 juste à temps pour les élections provinciales!  Le budget de plus de 800 millions de dollars a été donné à des grandes compagnies de télécommunications au Québec, principalement à 5 ou 6 grands joueurs.

Au fédéral, l’objectif est un peu plus nuancé, soit le désir de brancher 98% des foyers d’ici 2026 et 100% pour 2030. Les objectifs sont un peu plus lointains. Ce qui est surprenant dans tous ces projets, ce sont les montants d’argent financés.  En temps normal, une connexion ou une installation de la fibre optique pour une connexion à Internet coûte en moyenne 1 500 $ à 2 500 $ par foyer. Dans les nouveaux projets, le coût est entre 6 et 8 milles dollars en moyenne par foyer pour installer Internet haute vitesse. Nous avons même vu des projets jusqu’à 15 000 $ par foyer.  Ça commence à être très élevé!

Nous sommes un peu surpris que ces projets, subventionnés à 90-95%, soient dans les mains des grandes entreprises de communications.  Évidemment, les petits joueurs ne sont pas contents! En résumé, le gouvernement veut aller tellement rapidement, qu’il doit s’en remettre à des entreprises qui ont des capacités d’installations et de main-d’œuvre importantes. Il n’est donc pas surprenant que les petits joueurs ne soient pas en mesure de réaliser tous ces projets selon l’échéancier désiré. Le gouvernement, avec son empressement à régler le problème, est pris avec les mains attachées et doit s’en remettre aux grandes compagnies de télécommunications.

Cette frénésie et cette course à Internet ont amené deux questions : qui est le propriétaire et quels sont les prix? En partant, réglons la question du prix.  Le gouvernement demande aux compagnies de s’engager à offrir le service, qu’importe que vous habitiez tout au fond d’un rang au même prix qu’au centre-ville le plus près. C’est louable comme demande. Qu’arrivera-t-il à partir du moment ou une seule compagnie est propriétaire de la fibre optique qui se rend chez vous? Combien d’années, va-t-elle accepter de vous offrir un tarif comparable à la ville sachant qu’un jour ou l’autre il devra y avoir des mises à jour à faire à son circuit de fibre optique? Toutes les raisons seront bonnes pour vous charger plus cher! À long terme, il y aura sûrement une problématique qui va se poser avec les prix.

Revenons sur la propriété. Le gouvernement, dans sa hâte, veut régler le problème. Donc, il subventionne cette fibre optique à différentes compagnies et leur donne la propriété tout simplement, c’est très rapide.  Il y a d’autres modèles qui auraient pu être envisagés et pour lesquels d’autres pays ont optés. Une solution aurait été que le gouvernement soit lui-même propriétaire de cette fibre optique. Le gouvernement aurait possédé la fibre qui passe en avant de chez vous et l’aurait offerte en location à toutes les compagnies du secteur afin qu’elles puissent vous brancher la fibre chez vous.  Ça aurait eu l’avantage de rester la propriété du gouvernement et d’apporter une potentielle concurrence au fond de tous les rangs et ainsi d’ouvrir la compétition à plus de joueurs possibles. Par contre, il aurait fallu que le gouvernement soit organisé pour gérer cette fibre. Évidemment, la question : « Qui va la faire construire? » reste présente, et nous revenons au point de départ. Le gouvernement dans la panique d’installation Internet haute vitesse, a été pour la solution la plus rapide et qui a pour effet de dilapider un peu nos fonds publics.

Une autre solution, mise en modèle dans d’autres pays, est d’obliger la séparation des entreprises pour recevoir les subventions. Lorsqu’on parle de séparation, c’est l’entreprise qui reçoit des fonds pour installer du câble de fibre optique, qui devrait être une entreprise exploitant les réseaux et qui a pour but la revente à d’autres compagnies. Le but est de ne pas être celui qui vend directement à un client. Par exemple, Bell Canada devrait se séparer en deux et avoir une partie de l’organisation propriétaire d’infrastructure qui à l’objectif de revendre à d’autres entreprises. Pour ce faire, la partie de la compagnie qui vend directement les services aux clients devrait, elle aussi, acheter de la compagnie qui est propriétaire de l’infrastructure. Dans le fond, elle louerait la capacité dont elle a besoin. Par conséquent, si nous avons deux compagnies séparées les deux chercheront à avoir des profits et les deux auront des actionnaires différemment. À ce moment, la compagnie propriétaire de l’infrastructure va essayer de louer son infrastructure à plus de gens possibles et ça amènerait de la concurrence.  Malheureusement, ce n’est pas la formule qui a été privilégiée au Canada, ça s’est fait dans d’autres pays et ça aurait pu être une bonne formule!

La dernière formule possible aurait été d’obliger une concurrence sur ces câbles-là, même s’ils sont la propriété d’une des grandes entreprises.  Finalement, c’est plus ou moins clair. En théorie, il devrait y avoir une concurrence mais tout ça reste à voir! Malheureusement, je n’ai pas réussi à mettre la main sur aucun document ou contrat qui explique le fonctionnement, dans quel délai et de quelle façon.

En résumé, ça sera probablement difficile d’avoir accès à cette fibre optique une fois que les compagnies l’auront installée et que les subventions auront été remises par les gouvernements.  Ça résume un peu la saison de la pluie de fibre optique et Internet qui s’abat sur le pays présentement.  Nous sommes bien contents pour ceux qui vont enfin avoir le service ou qui l’ont eu dernièrement car nous sommes tous conscients que c’est très important. Cependant la question étant : « Est-ce que nous faisons la meilleure utilisation de nos fonds publics à long terme? » De ce côté, nous ne sommes pas certains!

Merci et à bientôt pour une prochaine chronique.

Daniel Gignac

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